Article Le Nord Côtier

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Les sœurs Beaudin tiennent la photo de leur père décédé. (Photo : courtoisie)

La vie d’Anick, Érika et Marie-Ève Beaudin a complètement basculé le 1er novembre dernier, alors qu’elles ont appris que leur père est décédé d’un traitement médical préventif, alors que sa santé allait très bien. Depuis ce temps, elles ont entrepris une bataille morale afin que l’histoire de leur père serve au moins d’exemple afin que des décès futurs soient évités.

Après s’être fait retirer une tumeur non-cancéreuse au gros intestin, Armel Beaudin débordait d’énergie. Ce père de famille avait recommencé à prendre sa marche quotidienne et vaquait à ses occupations de façon autonome. C’était un homme actif, qui avait un horaire du temps bien rempli.

Aucune trace de métastases, que du positif. Un bon pourcentage d’en avoir fini avec le cancer pour de bon. L’angoisse s’était dissipée et tous les espoirs étaient permis.

La dose qui tue

Pour diminuer quelque peu les risques de récidive, Armel Beaudin a accepté de subir une chimiothérapie disponible à Sept-Îles, par intraveineuse. Aucun test n’a été fait au préalable, afin de savoir s’il réagirait bien au traitement. Ceux-ci étaient pourtant disponibles, mais de façon aléatoire dans l’ensemble du Québec.

Le 26 septembre, M. Beaudin reçoit sa première dose de 5-fluorouracil (5-FU), utilisé depuis des décennies dans plusieurs hôpitaux, comme anticancéreux pour réduire certaines tumeurs solides. Il reçoit une dose durant trois jours consécutifs.

Dès que la première dose lui a été administrée, M. Beaudin a commencé à enfler un peu plus chaque jour. Le 4 octobre, son état dégénérait et il a été admis à l’hôpital.

«Les médecins ne comprenaient pas ce qui se passait, ils faisaient des tests tous les jours. Le 24 octobre, il mourrait après 20 jours d’agonie. Sa langue était brûlée, son tube digestif aussi. Ses globules blancs étaient à terre, il perdait sa peau. C’est simple, il a vieilli de 20 ans en 20 jours», raconte sa fille Anick.

Jouer à pile ou face

Armel Beaudin aurait eu 70 ans le 1er novembre 2018. Cette journée d’anniversaire restera gravée à jamais dans la mémoire de ses filles qui, au lieu de se réunir autour d’une table pour déguster un bon repas en famille, se sont rassemblées devant le document signifiant que leur père était mort du traitement préventif qu’il avait reçu.

«Personne n’a parlé à mon père d’un test préventif qui aurait permis de savoir qu’il ne tolérerait pas cette chimiothérapie. Après sa mort, j’ai pourtant découvert que ces tests génétiques là existent depuis longtemps», raconte Anick.

Le test génétique recommandé, qui permet de déceler une intolérance au traitement 5-FU, a été fait le jour de la mort de M. Beaudin, mais il était déjà trop tard. Le défunt avait déjà reçu trois doses et les dégâts étaient irréparables.

«S’il avait passé le test avant qu’on lui administre le traitement, mon père serait encore vivant aujourd’hui», affirme Mme Beaudin.